07/03/2026
Située à l’ouest de la place de la Liberté, la rue des Consuls reliait autrefois le centre du pouvoir municipal à la zone juridictionnelle de l’évêché. Ce nœud stratégique a naturellement attiré, dès la fin du XVe siècle, l’élite locale : juges royaux, familles de robe, clercs, mais aussi nouveaux bourgeois enrichis par le commerce du tabac ou de la noix. Le phénomène de construction d’hôtels particuliers remonte ici à l’après-Guerre de Cent Ans, époque de pacification et de prospérité retrouvée.
L’appellation « Consuls » rappelle le temps où ces magistrats géraient la ville librement, avant la tutelle directe du pouvoir royal sous l’Ancien Régime. Ainsi, la rue a attiré une aristocratie urbaine soucieuse de marquer son territoire par l’architecture. Cette volonté s’exprime aussi dans le choix des matériaux : la pierre blonde de Sarlat, subtilement sculptée, s’emploie tant à la structure qu’à l’ornement.
À Sarlat, la Renaissance s’exprime souvent sur une assise médiévale. Les hôtels particuliers héritent parfois des soubassements gothiques, mais révèlent à l’étage le goût du XVIe siècle pour la symétrie, les motifs antiques et le jeu des volumes. Les principales caractéristiques architecturales observables sont :
Le renouveau de l’époque se retrouve également dans le choix de décors tirés de l’Antiquité, une mode rapportée par les lettrés et les architectes voyageant en Italie.
Les hôtels particuliers de la rue des Consuls ne sont pas de simples témoins du passé. Ce sont des repères d’une ambition sociale et d’un goût pour l’innovation, inscrits dans la pierre et la lumière. Nous vous proposons une déambulation de la place de la Liberté vers le nord, pour observer les quatre exemples les plus remarquables, chacun porteur de significations distinctes.
L’hôtel le plus célèbre du quartier, en raison de son illustre occupant, Étienne de La Boétie (1530–1563), proche de Montaigne et auteur du fameux “Discours de la servitude volontaire”. Réalisé pour sa famille, le bâtiment témoigne d’une transition entre le gothique finissant et la Renaissance triomphante.
Propriété communale depuis 1944, l’hôtel peut se visiter lors de certains événements tels que les Journées du Patrimoine. Source : Office de tourisme Sarlat-Périgord Noir ; Monuments historiques – Base Mérimée.
Moins connu du grand public mais particulièrement admiré des amateurs de patrimoine, l’hôtel de Plamon fut édifié autour de 1520-1550 par la famille du même nom, issue de la notabilité urbaine. Sa façade étroite surprend par l’ampleur du raffinement sculpté.
L’hôtel abrite aujourd’hui des expositions temporaires.
Source : Inventaire général du patrimoine culturel Nouvelle-Aquitaine.
Situé dans le prolongement du précédent, ce bâtiment se distingue par la qualité de ses proportions et la pureté du classicisme Renaissance.
L’hôtel est aujourd’hui partagé entre différents usages privés et associatifs.
Source : Pays d’art et d’histoire Sarlat-Périgord Noir.
Ce dernier exemple, longtemps propriété de juristes successifs, manifeste l’influence du goût bordelais dans la rigueur de ses lignes.
Pour qui prend le temps de lever les yeux, la finesse des encadrements et la discrétion de la décoration apparaissent comme des signes de distinction plus que de faste.
Source : Archives municipales de Sarlat ; “Patrimoine et mémoire de Sarlat” (M. Maury, éditions Sud-Ouest).
Nous vous conseillons d’adopter une démarche lente, propice à l’observation minutieuse des détails. Au fil de la parallèle douce du soleil sur la pierre, attention à :
Ne vous limitez pas à photographier la façade globale. Tentez de saisir un détail, un motif, ou de deviner, derrière une baie, la vie d’autrefois. Les hôtels particuliers ne sont pas de simples décors : ils sont la mémoire vivante des familles, des métiers, des affinités et, parfois, des rivalités locales.
La rue des Consuls recèle, comme un palimpseste architectural, la mémoire d’anecdotes plus ou moins célèbres :
Pour mieux apprécier la richesse de ces lieux, il est possible de participer ponctuellement à des visites commentées organisées par l’Office de Tourisme et le Pays d’art et d’histoire Sarlat-Périgord Noir. Le guide attire alors l’attention sur des éléments invisibles pour le promeneur solitaire : traces de polychromie, décors intérieurs ou inscriptions latines.
Adopter un regard attentif sur la rue des Consuls permet de dépasser la simple photographie de carte postale. Derrière les façades se révèlent les enjeux d’une époque, le travail patient des artisans, le goût pour la lumière et la mise en scène sociale chère à la Renaissance. Nous vous invitons à explorer cette artère non pas comme un musée à ciel ouvert, mais comme une série d’occasions : celle de s’interroger sur la continuité urbaine, de comprendre comment Sarlat renaît sans cesse à elle-même et d’imaginer la vie tissée autrefois dans ces hôtels, entre ombres portées et chuchotements de pierre.